Apinews-Avril 2018

Abeilles sauvages ou domestiques, même combat !

L’hiver est toujours une saison particulière pour les abeilles. Beaucoup d’espèces d’abeilles sauvages hibernent dans de petites cavités, alors que les abeilles domestiques sont suffisamment nombreuses pour se tenir chaud, serrées les unes contre les autres dans la ruche. Parfois le soleil ou la douceur ambiante poussent les abeilles à sortir. Elles vaquent à quelques occupations de base, comme puiser de l’eau ou se soulager les intestins en plein vol. A partir de fin janvier, nous observons la sortie des butineuses les plus dégourdies, qui s’envolent à courte distance, afin de récolter quelques grains de pollen sur les chatons des noisetiers. Cet arbre offre une très grande quantité de pollen (5 millions de grains par jour). Cette nourriture protéique et un atout pour refaire quelques provisions, car l’hiver 2018 n’est pas fini et le froid peut revenir à tout moment, même s’il s’annonce doux et humide.

Les arbres comme le noisetier offrent jusqu’à 5 millions de grains de pollen par jour.

Focus :

Abeilles sauvages et abeilles domestiques, concurrentes ou complémentaires ?

Certes, les abeilles sauvages sont tout autant exposées aux menaces qui touchent l’ensemble des insectes. Cependant, contrairement aux abeilles Apis mellifera, elles n’ont pas d’apiculteurs pour maintenir leurs populations à niveau, et certaines espèces d’abeilles souffrent d’extinction. Nous constatons que certains médias se sont emparés du sujet pour mettre les abeilles en concurrence en faisant porter la faute aux abeilles domestiques, dossier que j’estime important de nuancer.

Il est établi que les abeilles dites « sauvages » ont une grande importance dans la pollinisation des fleurs. Le fait est que la diversité d’espèces de butineuses renforce la robustesse et la productivité des plantes pollinisées. Certaines études* (voir article « La Recherche » sur internet) ont montré que les plantes et les arbres donnaient davantage de fruits lorsque, à la fois les abeilles domestiques et d’autres abeilles sauvages étaient présentes. Depuis des millions d’années, la concurrence existe dans le règne animal, que ce soit pour la nourriture, l’habitat ou la lumière, et c’est « cette concurrence qui crée la biodiversité » (Yves Van Parys, membre de la Société Royale d’Apiculture de Bruxelles).

Il faut rappeler que les abeilles Apis mellifera prospectent dans un rayon souvent supérieur à 3 ou 4 kilomètres. Elles ont un intérêt pour les sources importantes de fleurs nectarifères, comme les champs cultivés (colza, moutarde, luzerne, tournesol…) et les fleurs prolifiques à l’exemple du pissenlit et du trèfle, mais elles raffolent aussi des arbres aux importantes floraisons (acacia, tilleul, châtaigner…). Ainsi elles peuvent stocker de grandes quantités en très peu de temps, tandis que la plupart des abeilles solitaires et sauvages se contentent d’un plus petit périmètre autour de leur nid. Elles stockent de petites quantités en explorant une plus grande variété de fleurs, et parfois sans aucune concurrence. Ils existent beaucoup d’espèces différentes d’abeilles sauvages, bourdons, osmies, scopa et des syrphes en tout genre (une sorte de petites guêpes). Elles vivent cachées dans les sols, les bois, contre les murs et les rochers, et elles visitent une grande quantité de fleurs, chaque espèce ayant bien sûr des préférences pour telles ou telles variétés.

Osmie rentrant dans son habitat, recouverte de pollen sec.

Lorsque les conditions climatiques n’ont pas altéré la production florale, et lorsque l’habitat naturel des abeilles sauvages n’a pas été dégradé, aucun problème de compétition ne survient. Les problèmes découlent souvent de l’impact polluant de l’activité humaine, qui d’une part cause l’appauvrissement des ressources alimentaires (un champ de fleurs traité est un manque à gagner pour toutes les espèces d’abeilles et d’insectes), et d’autre part détériore l’habitat naturel des abeilles sauvages, qui s’organisent en nids de quelques dizaines ou centaines de membres.  Agnes Fayet « Abeilles et Cie » n°181.

De ce fait, la polémique sur la concurrence entre les espèces d’abeilles, en rejetant la faute sur l’abeille domestique est un faux problème, et peut ternir l’image de l’apiculture, notamment de l’apiculture urbaine, pour de mauvaises raisons. Certes, il y a une limite concurrentielle à ne pas franchir, mais pour l’instant il est préférable de continuer à développer les actions écologiques comme l’installation de ruches et de nichoirs à insectes, tout comme de multiplier des espaces verts diversifiés, plutôt que d’y voir une compétition négative entre les abeilles. Elles sont toutes importantes et complémentaires.

*http://www.larecherche.fr/1-les-abeilles-sauvages-butineuses-menac%C3%A9es

L’intervention de nos apiculteurs

La saison hivernale est, en apiculture, un moment de repos… Souvent de courte durée car déjà la saison suivante est à préparer. Après le temps des bilans, voici le temps des perspectives et des préparations logistiques pour « attaquer» sereinement cette nouvelle saison apicole. L’équipe Apiterra se renforce encore cette année, avec la recrue d’Aurélien et Maroussia, deux apiculteurs de plus au service des abeilles en île de France et Brice pour le Nord de la France et la Belgique.

Les premières visites ont commencés malgré un hiver qui ne voulait nous quitter, afin de s’assurer que les colonies ont toujours suffisamment de stocks pour tenir jusqu’au printemps. Pour le savoir, l’apiculteur soupèse la ruche en la soulevant à l’arrière afin d’estimer son poids. Si la ruche n’est pas assez lourde, du sucre sous forme de pâte sera inséré dans le nourrisseur le plus proche de la grappe d’abeilles.

Cette visite nous permettra également d’estimer une certaine perte hivernale sur les colonies les plus faibles, afin de les remplacer au printemps. Par ailleurs, nous commencerons aussi l’assainissement de la ruche en remplaçant certains éléments endommagés ou sales.

Mais c’est également notre première visite de l’année avec tout le plaisir de vous retrouver !

Quant à moi c’est avec émotion que je signe cette dernière Apinews. Et vous informe de mon départ, plutôt mon retour dans ma Normandie natale.