Apinews- Septembre 2020

Les ruches: Enrucher les abeilles domestiques n’est pas une tâche aisée.

Dans la nature, les colonies dites « férales » choisissent le plus souvent des arbres creux (quand on en trouve encore !), des sous-pentes de toiture ou des anfractuosités. Depuis le haut de leur refuge, les abeilles construisent plusieurs rayons de cires, semblables à des langues de chat. En plus du nid à proprement
parler (l’ensemble des rayons où se trouve le couvain), les abeilles vont emmagasiner du miel et du pollen pour subvenir à leurs besoins quotidiens et survivre à l’hiver. Avant la domestication des abeilles, les hommes pratiquaient « la cueillette » du miel, c’est à dire le prélèvement des rayons de réserves, ce qui se  soldait souvent par la destruction des colonies.

La première ruche est probablement issue du prélèvement d’un tronc d’arbre creux contenant un essaim. Ensuite, lorsque les hommes ont progressivement maîtrisé les techniques d’enruchage et les outils, sont apparues les premières véritables ruches. On les a fabriquées en céramique, en planches, en baguettes de bois entrecroisées ou encore en paille tressée. Mais la récolte dans ces modèles de ruches était encore traumatisante pour les colonies : on procédait par étouffage total ou partiel de l’essaim, ou bien par la taille de rayons. Ces méthodes conduisaient à la mort ou l’affaiblissement de la colonie. L’invention de la hausse en 1772 remédie à ces inconvénients, suivie par celle du cadre mobile en 1844. On entre dans l’apiculture moderne !

Les ruches ont alors évolué avec les hommes et les abeilles. Il existe aujourd’hui de nombreux modèles :
Dadant, Langstroth, Voirnot, Layens, Kenyane, Warré (et bien d’autres encore…).

Laquelle choisir ? La littérature apicole comme les apiculteurs sont riches d’arguments en faveur de chacune. Les ruches sont le fruit d’un long travail de réflexion pour fournir aux abeilles un toit qui répond à plusieurs exigences :

• La taille est un élément capital pour la chaleur et les réserves : des ruches spacieuses sont nécessaires pour accueillir la colonie au plus fort de son développement. C’est donc un élément important pour la régulation de l’essaimage. Autrement, à chaque sensation de confinement, c’est la moitié de la colonie qui s’en ira, et avec elle nos espoirs de miel… La taille de la ruche conditionne aussi la quantité de réserves présentes pour les abeilles pour supporter l’hiver ou toute période de disette. Le choix ne sera pas le même en fonction des latitudes ! Le matériau de construction doit isoler du froid comme de la chaleur, c’est pourquoi le bois reste favori.

• L’aspect pratique n’est pas laissé pour compte : avoir un modèle de ruche qui fait l’unanimité dans la région, c’est l’assurance de trouver du matériel en toutes circonstances, et de profiter du recul des autres apiculteurs sur le modèle de ruche utilisé.

Les hausses ont aussi un poids très variable en fonction de leur taille : la facilité de leur manutention conditionne aussi le choix du modèle de ruche. Une hausse pleine peut peser plus de 20 kg ! Le modèle de ruche conditionne même l’extraction du miel : les rayons de certains modèles ne peuvent
être centrifugés (Warré, Kenyane) et doivent donc être pressés pour l’extraction du miel, ou consommés tels quels. Ceci empêche la réutilisation des cires d’une année sur l’autre et demande un travail supplémentaire aux abeilles. Mais fait le bonheur de certains gourmands !

• En termes de bien-être, il est difficile de se prononcer. Mis à part des indicateurs « zootechniques », c’est à dire de production, on ne dispose de guère de renseignements sur la qualité de vie de nos abeilles. Nos modèles de ruches sont-ils à leur goût ? Force est de constater que des ruches vides laissées comme piège à essaim sont le plus souvent investies… La ruche Layens, de par sa profondeur, respecterait plus la forme naturelle des langues de cires. Il en est de même pour la ruche Kenyane, de forme trapézoïdale. Dans tous les modèles de ruches, on peut proposer aux abeilles de simples barrettes pour entamer la construction de leurs rayons et non des cadres complets, avec ou sans feuille de cire. Mais les constructions sont plus fragiles, rendant la surveillance de la colonie plus ardue. Si le terme est souvent employé, il n’existe pas à ce jour de conduite apicole qualifiable « d’écologique ».

• L’aspect sanitaire est devenu un des plus importants : l’omniprésence des xénobiotiques, la raréfaction des ressources alimentaires ou l’introduction de nouveaux agents pathogènes menacent la santé des colonies et obligent l’apiculteur à intervenir de plus en plus au cœur de la colonie. On surveille les réserves, la charge en varroa, la présence de maladies, la qualité de la ponte. Renouveler les cires d’une ruche est un geste aussi évident que de changer les draps d’un lit. Dans ce contexte, l’adoption des cadres mobiles (par opposition aux barrettes des ruches Warré par exemple) est devenue quasiment incontournable. Rares sont aujourd’hui les colonies qui peuvent se passer d’une surveillance assidue.

Les apiculteurs vous diront peut-être finalement que le plus important n’est pas le contenant, mais bien la qualité de la colonie qui la peuple et l’attention qu’on lui apporte !

Mannaïg de Kersauson

Vétérinaire apicole