Apinews novembre 2021

Les prédateurs de l’abeille adulte

L’abeille domestique, comme tout être vivant, a son lot de prédateurs et de maladies. Nous allons évoquer ici les prédateurs de l’abeille adulte, et nous aborderons dans les prochaines Apinews les autres « ravageurs » de la ruche et certaines maladies.
En tant qu’insecte, l’abeille domestique tombe sous la dent de nombreux prédateurs autochtones :

-Les oiseaux sont les plus nombreux, car beaucoup sont insectivores (strictes ou omnivores).Normalement, les oiseaux vont exercer une prédation anecdotique sur les ruchers, à moins qu’une importante colonie soit installée à proximité.

Le plus connu des prédateurs de l’abeille est le magnifique Guêpier d’Europe (Merops apiaster), un oiseau qui migre entre l’Europe et l’Afrique de l’Ouest ou du Sud. Contrairement à ce que son nom laisse suggérer, le guêpier ne se nourrit pas uniquement de guêpes, et encore moins d’abeilles : il affectionne les insectes assez gros comme les frelons et autres hyménoptères, mais aussi les mouches, les libellules, les papillons, les sauterelles et criquets. De belles colonies de guêpiers ont pu affaiblir des ruchers mais cela reste anecdotique.

Les hirondelles et les martinets, dans leur course rapide, peuvent aussi manger des abeilles. Peu enclins au vol stationnaire, la prédation de ces oiseaux ne se fait pas à proximité des ruchers.
Un magnifique rapace porte le nom de « Bondée apivore » :  contrairement à ce que son nom laisse croire, elle ne mange que très peu d’abeilles. Elle se nourrit principalement de larves de guêpes ou de bourdons, dont elle dévore les nids. Elle peut éventuellement s’attaquer à une colonie férale (essaim naturel dans un tronc par exemple).

Les petits passereaux, comme les mésanges, sont capables de « toquer » aux ruches en hiver pour faire sortir quelques gardiennes qui leur serviront de repas… Une adaptation rusée de ces petits oiseaux pour lesquels les hivers peuvent être difficiles en France !

Le pic vert est aussi connu pour attaquer les ruches.  Cet oiseau y trouve deux intérêts : en hiver, il troue le bois des ruches pour se nourrir de miel et d’abeilles. A cette époque, les abeilles regroupées en grappe sont incapables de se défendre à cause de la température (elles sont inertes en dessous de 6 degrés).

Au printemps, les ruches servent de magnifique caisse de résonnance pour le tambourinage nuptial du pic vert qui, je vous le rappelle, ne chante pas ! A notre époque où les arbres morts se font rares, ces caisses en bois sont une bénédiction…

-D’autres prédateurs, plus occasionnels, peuvent s’attaquer à la ruche et aux réserves de miel : l’ours brun est le plus présent dans notre imaginaire, mais ce ne sont pas les quelques individus qui (sur)vivent en France qui malmènent les ruches.  Le blaireau peu aussi profiter du froid ou de colonies faibles pour se servir !

Dans des colonies fragiles ou mal hivernées (grappe petite, absence de grille d’entrée) de petits rongeurs peuvent s’installer au fond de la ruche et profiter du gîte et du couvert. Il n’est pas rare de surprendre une souris !

Tous ces animaux sont des prédateurs naturels de l’abeille. Dans un environnement non dégradé, où ils vont trouver plusieurs sources de nourriture, leur prédation ne devrait pas être un problème. Malheureusement, l’effondrement des populations d’insectes peut orienter les animaux vers cette source de nourriture abondante et facile d’accès…

N’oublions pas cependant que tous ces prédateurs sont protégés (à l’exception du blaireau, mais qui mériterait ce statut !). En cas de forte pression de prédation, il suffit en général de déplacer les ruches.

-Certains insectes peuvent aussi consommer des abeilles : les plus connus sont les frelons (le frelon européen) et les guêpes (notamment la guêpe commune et la guêpe germanique).

Le philanthe apivore est la seule guêpe solitaire à exclusivement chasser des abeilles : la femelle fondatrice tue les abeilles en les piquant et les donne à ses larves comme nourriture. Certaines araignées, comme « l’épeire diadème», dévorent les abeilles qui se prennent dans sa toile. Les araignées crabes du genre «thomisus » sont à l’affut dans les fleurs et attrapent les abeilles et autres insectes quand ils viennent butiner. Toutes ces espèces autochtones exercent sur les colonies une prédation supportable.

Le frelon asiatique, introduit en France en 2004, est quant à lui devenu une épouvantable menace pour l’abeille par son omniprésence et sa voracité.  On estime la prédation d’un nid de frelon asiatique en été au rythme d’une abeille par minute, soient 600 à 1000 abeilles/ jour. Cela est équivalent voire supérieur au rythme de ponte de la reine. On comprend ainsi aisément l’effet que peuvent avoir plusieurs nids de frelons sur un petit rucher ! (cf Apinews sur le frelon asiatique)

Mannaïg de Kersauson
Vétérinaire apicole

ZOOM sur le Frelon oriental
Vous avez probablement entendu parler récemment de la découverte, à Marseille, d’un nid de frelon oriental (Vespa orientalis) : une équipe d’entomologistes a détecté sa présence de façon fortuite. Nous espérons tous que l’aide apportée par le Muséum d’Histoire Naturelle et de toute la filière apicole pour traquer le ou les nids sera suffisante pour éviter l’installation d’un prédateur supplémentaire en France !
Même si on ignore encore l’incidence que pourra avoir ce frelon sur nos abeilles domestiques et sauvages, il s’agit d’une menace supplémentaire difficile à supporter … espérons toutefois que les Guêpiers d’Europe s’y intéressent de près !