Apinews-Novembre 2018

Secrets d’un hivernage réussi

Passer l’hiver est un défi pour de nombreuses espèces animales, en particulier pour les insectes qui sont très vulnérables.  Chez les frelons ou les guêpes, des femelles fécondées vont hiberner seules et assurer elles-mêmes l’élevage des premiers descendants au printemps. Chez notre abeille, c’est la Reine et toute sa colonie qui doivent survivre à l’hiver : la présence de nourrices est en effet indispensable pour s’occuper du couvain à la reprise de la ponte et assurer un nouveau cycle ! La préparation des abeilles à l’hiver est donc une étape cruciale, d’autant plus que le froid hivernal nous empêche d’ouvrir les ruches pour parer à d’éventuels problèmes.

Les apiculteurs considèrent d’ailleurs que la saison apicole ne commence pas au printemps mais en automne : si l’hivernage se déroule dans de bonnes conditions, les colonies se développeront parfaitement l’année suivante.

Pour avoir toutes les chances de bien passer l’hiver et de démarrer la nouvelle saison dans les meilleures conditions, les colonies doivent être saines, peu parasitées, populeuses avec de jeunes abeilles (y compris la Reine) et disposer de suffisamment de provisions. C’est au cours de la visite d’automne que l’on s’assure que toutes ces conditions sont bien remplies.

La préparation

La colonie se prépare à l’hivernage dès le mois d’août, et parfois jusqu’en novembre. Les hausses ont été retirées, et les abeilles continuent tant que faire se peut de stocker des réserves dans le corps de la ruche.  Durant l’été, les fleurs se font naturellement plus rares, surtout en période de sécheresse. C’est dans les jardins, les prairies naturelles, les bords de rivière et sur le lierre que nos abeilles vont trouver de quoi butiner.

Une colonie va consommer entre 8 et 15 kg de miel pendant l’hiver, parfois plus en altitude. On peut considérer qu’un cadre bien rempli pèse 3 kg.

La Reine va pondre de moins en moins, pour s’arrêter complètement en octobre ; à cette date, les abeilles sont entre 10 et 20 000. Celles qui sont nées à l’automne sont appelées « abeilles d’hiver »: leur longévité dépasse les 6 mois contre 6 semaines pour l’abeille d’été. Impossible sinon de survivre à l’hiver et d’assurer l’élevage des générations futures !

Juste après la récolte, l’apiculteur a traité ses colonies contre leur principal parasite, le Varroa destructor, dont la présence affaiblit considérablement les abeilles et nuit à leur longévité.   Il inspecte un à un  les cadres de la ruche pour détecter tout problème sanitaire. La Reine est recherchée pour estimer son âge et sa force. Seule une Reine jeune et en forme pourra pondre suffisamment au printemps pour relancer la colonie.

De façon quasi systématique,  on met aussi du « candi », une pâte sucrée épaisse qui nourrira les abeilles en cas de froid important ou de disette au printemps.

Dans les régions tempérées, une ruche doit peser plus de 30 kg en début d’hivernage. L’apiculteur réalise une pesée pour s’en assurer.

L’organisation

Un peu comme le Manchot Empereur, les abeilles vont former une grappe, au centre de laquelle va se placer la Reine. Les abeilles au cœur de la sphère vont maintenir une température idéalement supérieure à 20 degrés en contractant leurs muscles thoraciques. Quand la température extérieure diminue,  la grappe se resserre pour limiter les courants d’air et conserver un maximum de chaleur. Les abeilles à l’extérieur de la grappe ne produisent pas de chaleur : elles forment une couche protectrice  de 2 à 8 cm d’épaisseur dont la température peut atteindre 8°C (elles entrent périodiquement dans la grappe pour se réchauffer).  En dessous de cette température, les abeilles peuvent tomber d’inanition. On comprend ainsi aisément pourquoi la ruche doit être correctement isolée du froid et de l’humidité ;  et pourquoi les colonies populeuses ont plus de chance de survie…

L’apiculteur prend les précautions nécessaires pour isoler la ruche du froid et de l’humidité : le bois est un matériau isolant et respirant mais on prend soin de les surélever et d’isoler le toit. On laisse en l’air circuler via le plancher et l’entrée de la ruche qui est cependant réduite pour empêcher les rongeurs d’y pénétrer. Un poids est posé sur le toit de la ruche en cas de grand vent.

L’Hygiène

Pour garantir une hygiène optimale dans la ruche, l’apiculteur renouvelle les cadres régulièrement, pour qu’il n’y ait ni germes ni toxiques qui s’y accumulent. Les planchers  sont nettoyés facilement car ils sont indépendants du reste de la ruche.  Pendant l’hiver, les abeilles consomment leurs réserves et ne sortent plus ; elles se retiennent de déféquer dans la ruche, et préféreront attendre une journée ensoleillée pour faire un « vol de propreté ». On peut aisément les observer à cette occasion.

Mannaïg de Kersauson

Vétérinaire

DIE Apiculture, pathologie apicole