Apinews- mai 2020

De l’art d’être à rayures

Dans le monde, on trouve 3 000 sous-espèces d’abeilles avec une organisation sociale dont 9 seulement sont des « super-organisme » : ce sont les abeilles du genre Apis. Parmi elles, 2 ont pu être domestiquées car leur biologie est compatible avec l’enruchement, ce sont Apis cerana et Apis mellifera.
Apis mellifera, présente originellement en Europe, est aujourd’hui élevée dans toutes les zones tempérées du monde pour sa douceur et son importante production de miel.

Élevée et sélectionnée depuis 5000 ans, il existe aujourd’hui 25 « races » d’Apis mellifera. Les plus connues sont représentées ci-dessous :
– Apis mellifera mellifera -> Abeille noire
– Apis mellifera ligustica -> Abeille italienne
– Apis mellifera caucasia -> Abeille caucasienne
– Apis mellifera carnica -> Abeille carniolienne

Elles partagent évidemment les mêmes exigences biologiques, mais tout comme d’autres animaux domestiques dont il existe de nombreuses races (par exemple les chiens ou les chevaux), elles présentent chacune des particularités :

Anatomiques, évidemment : les abeilles ne sont pas strictement jaunes et noires ! Le jaune de l’abeille noire est très peu soutenu et les rayures de l’abdomen discrètes, contrairement aux races méditerranéennes, dont les bandes jaunes sont larges et très visibles. Elles diffèrent aussi par la taille, ce qui se voit très bien lorsqu’on observe les reines. La longueur de la langue varie aussi, c’est une adaptation à la flore locale. Certaines sont aussi plus poilues !

On décrit beaucoup de différences entre les races concernant la rusticité, dans la précocité et la perception des saisons notamment : certaines races sont très « prudentes », et ne se font pas piéger par quelques jours de beau temps en février pour démarrer la saison. Car si le mauvais temps s’installe ensuite,  comment nourrir toutes ces bouches ? Sous nos latitudes et dans un contexte de dérèglement climatique, la prudence est un avantage sélectif….

Les abeilles rustiques produisent en général moins de miel, mais ont une production assez constante d’une année à l’autre. Elles survivent à des hivers très rigoureux en consommant assez peu de réserves, alors que les souches plus méditerranéennes ont une production importante, mais qu’elles épuisent  rapidement. Elles sont frileuses et consomment beaucoup de miel pour se réchauffer.

On remarque aussi des variations dans la disposition du couvain et des réserves, dans la quantité de propolis produite, dans l’agressivité… dans le goût du miel ?
A chaque apiculteur de choisir ce qui lui convient le mieux !

Mais choisit-on vraiment ses abeilles ? Pas vraiment. Car quelle que soit la souche dont on fait l’acquisition au départ, à chaque essaimage, notre reine s’en va. La jeune reine, qui naît dans la ruche quelques jours plus tard, est vierge. Lors de son vol nuptial, elle sera fécondée par 15 à 30 faux-bourdons, issus des
ruchers situés dans les 8 km autour d’elle : ses filles seront donc le fruit de la sélection qui se fait dans les environs ! Ce sont les accompagnatrices du vol de fécondation qui laisseront approcher les mâles dont les phéromones cuticulaires paraîtront suffisamment éloignées de celle de la colonie pour assurer un brassage génétique.

Si vous observez vos abeilles de près, vous pourrez constater que les ouvrières, toutes soeurs ou demi-soeurs, sont souvent plus ou moins jaunes… ou plus ou moins noires !

Mannaïg de Kersauson

Vétérinaire apicole