Apinews- janvier 2019

Butiner, un verbe à conjuguer

Une abeille sur une fleur, c’est à la fois simple et extrêmement complexe.  Que fait-elle exactement ?  Elle butine, c’est à dire qu’elle  récolte du nectar et du pollen tout en réalisant un service éco-systémique essentiel et gratuit : la pollinisation.

A la base des pétales se trouvent des glandes qui produisent de minuscules gouttes d’une eau sucrée: le nectar.  De nombreuses molécules identitaires entrent aussi dans la composition du nectar, assurant l’attractivité de la plante et son parfum.

La butineuse prélève ce nectar et le stocke dans son jabot. Une fois repue, elle rentre à la ruche et va régurgiter ce précieux liquide à une ouvrière: c’est la trophallaxie, un mode de transfert de nourriture et d’informations qui est propre aux insectes sociaux. D’abeille en abeille, le nectar est ainsi transmis et enrichi à chaque passage des sécrétions des  glandes salivaires. Il devient de plus en plus concentré, jusqu’à contenir 80% de sucres pour 20 % d’eau, soient les proportions inverses du nectar d’origine : c’est le miel ! Une fois déposé dans l’alvéole,  il est travaillé une dernière fois par les ventileuses, avant que d’autres abeilles ne ferment l’alvéole avec un opercule de cire.

La butineuse est quant à elle inlassablement repartie. Il lui faudra parcourir 1500km et butiner 6000 fleurs pour produire une cuillère à café de miel. Si la ressource alimentaire est éloignée, la butineuse va prélever du nectar pour avoir de l’énergie pour voler.  Afin d’assurer une production optimale de miel, les abeilles doivent donc trouver de nombreuses sources alimentaires à proximité de la ruche. La ville, dense et fleurie, est pour cela devenue un terrain idéal pour les abeilles.

Le pollen constitue quant à lui l’unique source de protéines des abeilles, il est à ce titre indispensable pour la ponte de la reine et la croissance des larves. En butinant, les abeilles mettent en mouvement les étamines des fleurs et se retrouvent involontairement saupoudrées de pollen. Elles vont ensuite soigneusement se peigner, d’avant en arrière, et agréger les grains de pollen en pelotes placées dans les corbeilles de la troisième paire de pattes. A la ruche, ces pelotes sont prises en charge par les abeilles magasinières, et placées dans les alvéoles avec un peu de nectar, permettant la réalisation de deux fermentations lactiques. Il est ainsi conservé « ensilé » dans des alvéoles non operculées, formant ce que l’on appelle le « pain d’abeille » autour du couvain. Quel plaisir de voir sur les cadres une mosaïque de pollens de toutes les couleurs à la fin du printemps !

Les abeilles ont besoin de trouver du nectar et du pollen tout au long de la saison apicole, et comme leur valeur nutritive varie en fonction des végétaux (et de nombreux autres paramètres comme le terroir, le climat ou encore l’altitude), les colonies ont besoin d’une grande diversité dans leurs ressources alimentaires.

Focus 1 : De fleur en fleur, l’abeille pollinise.

Pour réaliser leur travail de pollinisatrices, avez-vous remarqué que les abeilles réalisent le butinage de façon méthodique ? Même si de nombreuses fleurs sont épanouies en même temps, elles ne butinent qu’une essence à la fois, de façon à assurer la reproduction de l’espèce. Ce comportement résulte de la lente co-évolution entre les  pollinisateurs et des plantes à fleurs.

Focus 2 : Pour la reprise de la ponte, les abeilles ont besoin de trouver du pollen très tôt au printemps. Et ce sont les arbres à chatons qui leur offrent : noisetiers, aulnes, saules, bouleaux, peupliers…. Leurs fleurs minuscules sont présentes depuis l’automne et s’ouvrent dès la fin de l’hiver (dès février) pour offrir leur pollen aux abeilles. Leur présence est donc indispensable à proximité des ruchers. Et ça tombe bien, il y en a en ville, car se sont des arbres peu exigeant pourvu qu’ils aient de l’eau !

Mannaïg de Kersauson

Vétérinaire apicole