Le génome des abeilles à miel pourrait permettre de mieux comprendre pourquoi elles sont victimes d’un tel déclin depuis plusieurs décennies et pourrait aider à trouver des solutions pour remédier à cette situation.
Pour Scott Cornman, le génome de l’abeille est une ressource inestimable, et pourtant ce scientifique passe la plus grande partie de son temps à tenter de l’isoler pour mieux l’extraire.
Scott Cornman, un généticien pour le Laboratoire de Recherche sur les Abeilles du Département américain d’Agriculture (USDA) à Beltsville dans le Maryland, cherche à caractériser les multiples pathogènes qui affectent l’abeille à miel (Apis mellifera), l’un des insectes les plus importants au monde.
Sa stratégie est de soustraire le génome de l’abeille à miel de tout autre résidu génétique qu’il peut trouver dans les colonies d’abeilles, qu’elles soient en bonne ou en mauvaise santé. Les substances génétiques restant lui donneront un portrait méta-génomique complexe des autres organismes qui peuplent le monde des abeilles, dont des virus, des bactéries, et des parasites, qui seuls ou combinés, pourraient pousser une colonie d’abeilles vers le déclin puis l’extinction, d’après un article du journal Nature.
La question n’est pas de savoir pourquoi les abeilles sont malades mais plutôt de savoir comment elles survivent contre cette invasion de parasites
« Actuellement, nous sommes dans une phase de découverte, où nous essayons d’identifier ce qui est présent » a déclaré Scott Cornman. « Ensuite, nous pouvons commencer à étudier les interactions entre les pathogènes et voir s’ils sont plus virulents que d’autres ».
Scott Cornman fait partie de la centaine de chercheurs participant la semaine dernière au sommet sur la Génomique et la biologie des Abeilles à miel, qui avait lieu dans le Laboratoire Cold Spring Harbor à New York.
Il s’agissait de la première conférence consacrée à ce sujet depuis que les chercheurs se sont réunis il y a quatre ans, peu après le séquençage du génome des abeilles à miel.
« Il y a eu beaucoup de progrès réalisés sur la façon dont les maladies affectent les abeilles à miel au niveau moléculaire » a déclaré Christina Grozinger, directrice du Centre pour la Recherche sur la Pollinisation de l’Université d’Etat de Pennsylvanie, l’un des organisateurs de la conférence.
A peu près au même moment que le génome était pour la première fois révélé, les colonies d’abeilles à miel d’une grande partie de l’Hémisphère Nord ont commencé à décliner de façon alarmante.
Un syndrome surnommé « Effondrement des colonies d’abeilles » est à l’origine du déclin en masse de ces abeilles, qui laissent des ruches pratiquement vides.
Par ailleurs, d’autres parasites tels que la mite Varroa (Varroa destructor), qui propage des virus dangereux, continuent d’affecter ces colonies.
Les études annuelles aux Etats-Unis montrent que près de 35% de l’ensemble des colonies sont mortes lors d’un hiver relativement habituel. La génomique donne de nouveaux indices pour comprendre ce phénomène encore mystérieux, ainsi que sur les stratégies potentielles pour la protection des insectes d’une multitude de menaces.
Lors du sommet, Scott Cornman a présenté des données montrant que les colonies affectées par le syndrome d’effondrement présentaient des taux plus élevés d’un parasite appelé Nosema, et une plus grande prévalence de plusieurs virus, dont deux d’entre eux n’avaient jamais été détectés chez les abeilles auparavant.
Pourtant, malgré le fait qu’elles aient une multitude d’ennemis, de nombreuses abeilles ont également les leurs, d’après l’entomologiste Jay Evans, du laboratoire de recherche sur les abeilles de l’USDA. « La question n’est pas de savoir pourquoi les abeilles sont malades mais plutôt de savoir comment elles survivent contre cette invasion de parasites » a-t-il déclaré.
Le génome permet de mieux comprendre le système immunitaire des abeilles, selon Jay Evans. L’objectif est d’identifier les gènes qui sont essentiels pour aider les abeilles à contrecarrer les attaques dont elles sont victimes, et de renforcer leurs défenses.
« Il est possible de cultiver ces caractéristiques, mais avec des marqueurs génétiques, cela est plus rapide » a-t-il indiqué.
Dans les cas dans lesquels la nature ne peut pas faire son travail, certains chercheurs cherchent désormais des manières plus directes de stimuler la résistance des abeilles. Chez certains insectes, l’acide ribonucléide (ARN) à double hélice, un marqueur d’infection virale, peut provoquer une réponse immunitaire antivirale spéciale.
Lors de la conférence, Michelle Flenniken, une virologue de l’Université de Californie à San Francisco, a présenté des preuves montrant que chez les abeilles à miel, l’ARN puisse aussi provoquer une réponse immunitaire permettant d’éloigner un certain nombre de menaces.
« Cela pourrait être une nouvelle réponse virale qui n’a pas été bien caractérisée chez les abeilles à miel » a déclaré Michelle Flenniken, qui étudie les gènes impliquées dans le processus.
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Hier, à Angers, ostréiculteurs et apiculteurs ont amorcé un rapprochement pour défendre leurs rucheset leurs parcs, frappés de surmortalité. « Les huîtres et les abeilles sont des sentinelles de l’environnement. Elles souffrent d’une forte mortalité. Nous devons travailler ensemble sur la protection des écosystèmes. » Hier, à Angers, apiculteurs et conchyliculteurs professionnels ont amorcé leur rapprochement. Une délégation du Comité national de la conchyliculture a assisté aux travaux de l’assemblée générale de la Fédération française des apiculteurs professionnels (FFAP). Née en 2009, la FFAP n’a de cesse de dénoncer le rôle central des insecticides systémiques d’enrobage des semences dans le taux de mortalité des ruchers, estimé à 30 % en moyenne. Elle rejette la thèse « multifactorielle » qui relie la mauvaise santé des colonies à un ensemble de causes : acarien parasite (le varoa), maladies virales, maladies du couvain, baisse de la ressource de pollen… « Ce sont les pesticides qui affaiblissent l’abeille et la rendent vulnérables aux maladies », grince Guy Brossier, vice-président de la FFAP, apiculteur dans le Maine-et-Loire. La FFAP porte son combat à l’échelle européenne. Elle adhère à la Coordination européenne des apiculteurs qui organisera, en février, un colloque sur les pesticides, à Bruxelles. « Nous demandons que soit revue la procédure d’homologation des molécules chimiques. L’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) doit disposer de plus de moyens et d’indépendance pour la contre-expertise des dossiers d’homologation présentés par les firmes. De plus en plus de députés européens sont sensibles à nos arguments », ajoute Guy Brossier. Cette démarche scientifique inspire les paysans de la mer. La profession conchylicole envisage des « tests écotoxicologiques sur les sédiments et l’eau des estuaires. » L’objectif : analyser avec précision l’impact sur la ressource » du cocktail chimique déversé par les bassins versants.