Article de Vincent BOUCAULT vincent.boucaulteourrier-ouest.com
Champigné, vendredi 22 avril.
Sans abeille, pas de miel et surtout pas de pollinisation. Les populations d’hyménoptères diminuent un peu partout dans le monde. En Californie, leur déclin inquiète les producteurs d’amandes. En Chine, on en est à polliniser à la main. La France n’échappe pas à cette surmortalité qui atteint 40 % du cheptel et dont les causes font débat : pesticides, monoculture, absence de fleurs, attaque de parasites, suivi inadapté (lire par ailleurs).
Ronan de Kervénoael (à gauche) a installé des ruches chez Nova-Flore, dirigée par Jérôme Gouy (à droite). Photo CO – Laurent COMBET.
C’est dans ce contexte d’inquiétude écologique et économique qu’Apiterra est née dans la tête de deux hommes rompus au monde de l’entreprise : Arnaud Lacourt et Ronan de Kervénoaël. « On voulait un peu sortir du capitalisme pur et dur et faire quelque chose d’utile », dit le second, propriétaire d’une demeure au Louroux-Béconnais, qu’il a investie complètement après avoir tombé le costume de cadre parisien.
« Un marché à organiser et à développer »
Bien que novices en la matière, les deux associés se lancent sans compter clans la bataille « On a vu des apiculteurs, en France, en Espagne, au Portugal, on a rencontré des chercheurs, on a tout lu sur le sujet ». De cette immersion qui dure 18 mois, ils ressortent avec la conviction qu’il existe un marché à organiser et à développer.
Des ruchers en plein Paris
Depuis un an, Apiterra produit des essaims – notamment à Chemillé et près d’Aix-en-Provence – qu’elle revend, en partie via un site inter-net. Les apiculteurs professionnels comme amateurs sont demandeurs. Mais la jeune société développe aussi un créneau plus tendance en plaçant des ruchers au sein même des entreprises ou de bâtiments publics. C’est notamment le cas de Nova-Flore, une entreprise innovante à Champigné, ou du jardin de la Préfecture à Angers. Les employés reçoivent une formation pour suivre le rucher.
À Paris même, une société comme Rustica en a fait installer une au collège des Bernardins.
À ce jour, la société emploie cinq personnes, et espère créer 40 emplois au total dans les cinq ans à venir. C’est sur cette base qu’elle a obtenu un faisceau de soutiens publics. La livraison d’essaims clefs en main suffira-t-elle à juguler une hécatombe que rien ne semble devoir endiguer ? – Nous travaillons avec
des chercheurs de l’Inra d’Avignon, répond Ronan de Kervénoaël. Ils ont une souche d’abeilles résistantes à un parasite répandu, le varroa.
La résistance des abeilles en débat
Interrogé sur l’activité d’Apiterra, Alain David, apiculteur angevin émigré en Bretagne vers un milieu exempt de pesticides, a la dent dure.
« Sur leur site, on ne trouve aucune allusion au mot pesticide, note le coprésident de la Fédération française des apiculteurs français, l’une des deux principales organisations professionnelles. Or, une abeille est d’autant plus sensible à un parasite et développe d’autant plus des maladies qu’elle est confrontée aux pesticides. Ici, on prend le problème à l’envers. Et on se fait de l’argent en surfant sur le désarroi des apiculteurs.
Yves Le Conte, le directeur de rechetches de l’lnra d’Avignon qui a passé un contrat avec Apiterra, a à peu près la même analyse scientifique, mais en tire des conclusions différentes. « Nous avons repéré dans la nature et isolé des souches d’abeilles présentant une vraie résistance aux parasites, dit-il. Elles sont plus lentes à rentrer en production, mais elles peuvent offrir un espoir de repeuplement. Il faut pouvoir poursuivre des recherches sur les interactions avec les pesticides. Jusque-là, les apiculteurs ne nous ont pas soutenus. »
V. B.
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Achats et ventes d’essaims sur cadres et paquets d’abeilles disponibles: www.eurobeestock.com



Bayer CropScience annonçait mi-novembre l’acquisition d’un produit de contrôle du varroa destructor, un parasite des abeilles, développé par la société anglaise Exosect, spécialiste des solutions « intelligentes » de lutte contre les ravageurs.
Les insectes sociaux comme les termites, les fourmis ou les abeilles vivent en colonies composées de plusieurs milliers, parfois plusieurs millions d’individus. Cette forte promiscuité est théoriquement favorable à la dispersion des parasites ou des microbes à l’intérieur de la colonie et devrait par conséquent la rendre très vulnérable. Or, les sociétés d’insectes sont parfaitement capables de maîtriser les parasites en leur opposant des comportements de défense collectifs ou individuels.
Un petit champignon serait-il à l’origine des effondrements de colonies d’abeilles ? La question divise le monde de l’apiculture depuis que le chercheur espagnol Mariano Higes a mis en évidence la présence de Nosema ceranae, la variante asiatique de Nosema Api, dans des ruches espagnoles. Depuis, de très nombreux travaux ont confirmé que ce redoutable champignon s’est répandu partout dans le monde, y compris outre-Atlantique. Mais cela ne suffit pas à convaincre qu’il pourrait à lui seul être responsable du malheur des abeilles. « Nous avions nourri des abeilles avec ce protozoaire sans observer de mortalités particulières », note en effet Jean-Paul Faucon, du Laboratoire de Sophia-Antipolis de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ex-Afssa)